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Institutions · Fonctionnement de la Ve République · à jour au 16 juillet 2026

Rôle et pouvoirs du président de la République sous la Ve République

Élu au suffrage universel direct, le président de la République dispose d'attributions parmi les plus étendues des démocraties occidentales. La Constitution de 1958 distingue ses pouvoirs propres, exercés sans contreseing, de ses pouvoirs partagés avec le gouvernement.

Contenu institutionnel de référence, fondé sur le texte de la Constitution du 4 octobre 1958. Les articles cités sont vérifiables sur Légifrance et Vie-publique.fr.

L'article 5 : la « clé de voûte » des institutions

L'article 5 de la Constitution du 4 octobre 1958 définit la fonction présidentielle. Le président « veille au respect de la Constitution », « assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et la continuité de l'État » et se porte « garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités ».

Cette formulation fait du chef de l'État un arbitre placé au-dessus des contingences partisanes, selon l'expression employée par Michel Debré. Dans la pratique, le renforcement de la fonction est venu de deux évolutions : l'élection au suffrage universel direct, instaurée par le référendum du 28 octobre 1962, et le passage au quinquennat, adopté par référendum le 24 septembre 2000 et appliqué depuis 2002. La loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 a par ailleurs limité le nombre de mandats consécutifs à deux (article 6), ce qui rend Emmanuel Macron non rééligible en 2027.

La légitimité tirée du suffrage universel a nourri une lecture « présidentialiste » du régime : hors cohabitation, le président fixe l'orientation de la politique nationale, que le gouvernement met en œuvre.

Les pouvoirs propres : sans contreseing

L'article 19 énumère les actes que le président signe seul, dispensés du contreseing du Premier ministre ou des ministres. Ce sont ses pouvoirs propres, expression directe de sa fonction d'arbitre :

Ces prérogatives échappent au contreseing parce qu'elles engagent le président seul et servent, pour partie, à trancher un conflit entre les pouvoirs publics.

La dissolution et les pouvoirs de crise

L'article 12 autorise le président à dissoudre l'Assemblée nationale, après consultation, non contraignante, du Premier ministre et des présidents des deux assemblées. De nouvelles élections doivent se tenir entre 20 et 40 jours après le décret, et aucune dissolution ne peut intervenir dans l'année qui suit ces élections. Emmanuel Macron a utilisé cette arme le 9 juin 2024, à la suite des élections européennes, provoquant des législatives les 30 juin et 7 juillet 2024.

L'article 16 confère au président, en cas de menace grave et immédiate sur les institutions, l'indépendance de la Nation ou l'intégrité du territoire, la plénitude des pouvoirs exécutif et législatif. Son déclenchement suppose la consultation du Premier ministre, des présidents des assemblées et du Conseil constitutionnel. Cet article n'a été appliqué qu'une seule fois, par le général de Gaulle, du 23 avril au 29 septembre 1961, après le putsch des généraux à Alger. La réforme de 2008 a ajouté un garde-fou : après 30 jours d'exercice, le Conseil constitutionnel peut être saisi par 60 parlementaires pour vérifier que les conditions restent réunies.

Enfin, l'article 15 fait du président le chef des armées et lui confie la présidence des conseils et comités supérieurs de la défense nationale, fonction dont découle, en pratique, la maîtrise de la dissuasion nucléaire.

Les pouvoirs partagés : le contreseing obligatoire

La plupart des actes présidentiels requièrent le contreseing du Premier ministre et, le cas échéant, des ministres responsables. Ces pouvoirs partagés associent le chef de l'État et le gouvernement, qui en assume la responsabilité devant le Parlement :

Le président nomme également les membres du gouvernement sur proposition du Premier ministre (article 8, alinéa 2). Ces mécanismes traduisent la nature dualiste de l'exécutif de la Ve République.

Récapitulatif et limites en cohabitation

Pouvoirs propres (sans contreseing)Pouvoirs partagés (contreseing requis)
Nomination du Premier ministre (art. 8-1)Promulgation des lois (art. 10)
Référendum (art. 11)Décrets et ordonnances en Conseil des ministres (art. 13)
Dissolution de l'Assemblée (art. 12)Nominations aux emplois de l'État (art. 13)
Pouvoirs exceptionnels (art. 16)Ratification des traités (art. 52)
Messages au Parlement (art. 18)Droit de grâce (art. 17)
Saisine et nominations au Conseil constitutionnel (art. 54, 56, 61)Nomination des ministres sur proposition du PM (art. 8-2)

La portée réelle de ces pouvoirs dépend de la majorité parlementaire. En période de cohabitation, lorsque le président et la majorité de l'Assemblée sont de camps opposés, le chef de l'État conserve ses pouvoirs propres et son « domaine réservé » traditionnel (défense, affaires étrangères), mais le Premier ministre « détermine et conduit la politique de la Nation » (article 20). La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002. La réduction du mandat présidentiel à cinq ans et l'alignement du calendrier électoral visaient précisément à en réduire la probabilité.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre pouvoirs propres et pouvoirs partagés ?

Les pouvoirs propres (article 19) sont exercés par le président seul, sans contreseing : nomination du Premier ministre, référendum, dissolution, article 16, messages au Parlement, saisine du Conseil constitutionnel. Les pouvoirs partagés exigent le contreseing du Premier ministre et des ministres concernés, qui en assument la responsabilité devant le Parlement : promulgation des lois, décrets, nominations, ratification des traités.

Le président peut-il dissoudre l'Assemblée nationale quand il veut ?

Presque. L'article 12 l'autorise après consultation, non contraignante, du Premier ministre et des présidents des deux assemblées. Une seule limite : aucune nouvelle dissolution ne peut intervenir dans l'année suivant des élections provoquées par une dissolution. La dernière remonte au 9 juin 2024.

L'article 16 a-t-il déjà été utilisé ?

Oui, une seule fois : par le général de Gaulle, du 23 avril au 29 septembre 1961, après le putsch des généraux à Alger. Depuis 2008, le Conseil constitutionnel peut être saisi après 30 jours d'exercice pour vérifier que les conditions restent réunies.

Combien de mandats un président peut-il exercer ?

Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs (article 6). Emmanuel Macron, élu en 2017 puis en 2022, ne peut donc pas se représenter à la présidentielle de 2027 (1er tour le 18 avril, 2nd tour le 2 mai).

Sources : legifrance.gouv.fr · assemblee-nationale.fr · legifrance.gouv.fr · vie-publique.fr · fr.wikipedia.org